Conférences 2008-2009

«Effets de présence et effets de réel dans les arts de la scène et les arts médiatiques»

Journées d’études
28-29 mai 2009


Perception, anatomie, effets de présence. Différentes stratégies de déstabilisation de la projection du corps

Isabelle Choinière présentera les différentes stratégies qu’elle met en œuvre pour explorer différentes modalités de présence et leurs principes de construction. Son travail de recherche questionne comment l’infiltration de la pensée technologique en danse/performance actuelle pourrait avoir des applications dans le développement de nouveaux modèles chorégraphiques. Elle mène un travail d’expérimentation artistique qui se fonde sur une stratégie de renouvellement de l’expérience sensorielle et de la perception. Elle pose la question de comment la technologie du XX et XXIe siècle pourra-t-elle ouvrir la voie à une nouvelle synesthésie perceptuelle, formée à la fois par la proprioception du corps réel et l’extéroception du corps médié.

E. Pitozzi abordera l’idée que la présence n’est pas seulement liée au corps du performeur, ce n’est qu’un aspect parmi d’autres. Toutefois, si nous considérons la présence du corps, on s’aperçoit que cette présence est un processus de manifestation qui s'institue par coalescence entre les tensions (cerveau, système nerveux et de locomotion). C’est ce qui constitue la corporéité et les modalités d’organisation de l'espace avant l’intervention des technologies. C’est donc un processus dynamique qui concerne le mouvement et met en jeu, en même temps, la notion de fiction comme véritable relation d’empathie entre le corps et l’environnement. En d’autres termes, le performeur doit imaginer et projeter les segments de son anatomie dans l'espace avant d'agir matériellement. Pour aborder ce processus nous interrogerons le travail Improvisation Technologies de William Forsythe où le mouvement est conçu comme modalité pour passer par (et dépasser) les limites du corps. Le mouvement devient alors un réseau de trajectoires à vitesse variable. (...) Sur le plan des effets de présence, nous esquisserons une esthétique des tensions entre les « modalités d’être » de la présence sur scène. Il s’agira d’identifier des stratégies entre danse et théâtre, selon lesquelles la scène organise l’attention du spectateur autour d’une série de tensions entre les deux dimensions : présence physique et présence médiatisée par l’écran de l’acteur/performer comme chez Edward Lock (Infant Destroy), Merce Cunnigham (Biped), Wooster Group (Hamlet), Motus (Twin Rooms), Fura del Baus (Godunov).

Isabelle Choinière
13h30–15h00

Enrico Pitozzi
15h30–17h00

8 mai 2009


La vidéo chez Ostermeier

Thomas Ostermeier a recouru épisodiquement à la vidéo dans ses spectacles. Ces rares interventions sont cependant toujours très pertinentes. A travers l’exemple des mises en scène de Supermarket de Biljana Srbljanovic et de Hamlet, il s’agira d’analyser l’usage de la vidéo comme outil d’un questionnement sur le monde contemporain et simultanément sur le monde des images qui nous environne et conditionne notre imaginaire.

Christine Hamon-Siréjols
13h30-15h00

Parcours dans l'oeuvre de Stéphane Gladyszewski

Stéphane Gladyszewski
15h30–17h00

17 avril 2009


L’écran contre la scène (tout contre)

L’analyse la plus courante, lorsqu’on se penche sur l’intégration des « nouvelles images » dans la mise en scène contemporaine, repose sur le postulat que les moyens théâtraux s’en trouveraient généralement enrichis : la complexification des modes de présence, de la construction des espaces-temps et de la relation spectatorielle travaillerait immanquablement à l’accroissement des potentialités scéniques, à une sorte de « scène augmentée » au sens où l’on parle d’une « réalité augmentée » (augmented reality) pour désigner l’hybridation du réel et du virtuel dans des environnements intégrant les techniques numériques. En prenant appui sur quelques réalisations allemandes (Frank Castorf, René Pollesch) et italiennes (compagnie Motus), Didier Plassard propose d’explorer l’hypothèse inverse. Depuis la fin des années 1990, nous voyons se développer sur la scène des dispositifs qui, en privilégiant des écrans de grande dimension et le caractère intrusif de l’appareillage technique, travaillent à déplacer et dans une certaine mesure à défaire la relation théâtrale. La variation des registres de présence, telle qu’on a pu l’observer dans les années 1970 et 1980, laisserait ainsi la place à l’introduction d’effets d’absence dont les enjeux artistiques sont à interroger.

Didier Plassard
3 avril 2009


The architectutre of a physical presence in interactive environments

Chris Ziegler will demonstrate the struggle of multimedia productions with the use of image media on stage referring to his work on both interactive film/video installations "66movingimages" (2002) and "rickshaw bangalore" (2008). He will demonstrate how performance strategies merge interactive installations with stage production. He will also present his work on interactive dance productions - from "scanned V" (2001) to "forest 2 another midsummer night's dream" (2008).

Chris Ziegler
13h30-15h00

Des bruits – coups, entrecocs – qui résonnent en nous
Fabrique et enjeux de la sur-présence

Le son est un événement (Casati, Dokic, 1994), l’ouïe, sans paupière, sans défense, est aussi le sens de l’alerte – « le sonore du monde n’est pas un objet de contemplation, c’est un objet de crainte car il est imprévisible. […] Les discours sont bien plus rassurants, on imagine facilement le mot ou la phrase musicale qui va suivre, les bruits ne s’annoncent jamais » (Deshays, 2006). De ce constat, travaillé par la psycho-physiologie, la psychologie du développement et les neurosciences, les artistes font un matériau de leurs nouvelles dramaturgies scéniques, à forte teneur acoustique.

Dans la mise en scène de Macbeth par Matthias Langhoff (Paris, 1989, conception sonore de Pablo Bergel), « les coups frappés à la porte de Macduff, synchronisés avec le texte du Portier qui refuse d’ouvrir, résonnent dans le petit matin comme venant d’un autre monde ». Dans la mise en scène de Quelqu’un va venir de Jon Fosse, par Claude Régy (Nanterre, 1999, son de Philippe Cachia), un banal tintement de bouteilles portées dans un sac en plastique trouble le paysage visuel et acoustique, inquiète démesurément. Dans l’Inferno de Romeo Castellucci (Avignon, Cour d’honneur, juillet 2008, « musique originale et exécution en direct de Scott Gibbons »), le rebond du ballon avec lequel joue un enfant déclenche un vacarme effrayant, des stridences de catastrophe. Nous étudierons ensemble ces trois séquences (et quelques autres) représentant trois décennies de l’histoire récente du théâtre européen pour esquisser la genèse d’une nouvelle scène acoustique, en nous intéressant aux techniques de médiation et de diffusion mises en jeu et en considérant l’hypothèse selon laquelle le son numérisé, trafiqué, complètement « imprévisible » est très compétent pour créer ce que Régy appelle parfois sur-présence (« la présence prolongée dans l’invisible » (Régy, 1999), pour fonder des poétique de l’inquiétude et, aujourd’hui, de la menace telle que la décrit Virilio : « perte de contrôle », de l’accident à grande vitesse aux conséquences incontrôlables, qu’il soit « informatique, ferroviaire, ou nucléaire » aux rythmes précipités des médias et à l’information « en temps réel », « déflagration de la perception », « stupeur cognitive ».

M-M-
Mervant-Roux
15h30-17h00

27 février 2009


L’abécédaire du corps dansant g-gestes !

Comment le corps se construit-il et est-il construit en danse? De quelle manière le danseur et le chorégraphe travaillent-ils le corps au quotidien, lui proposent-ils ou lui imposent-ils une énergie, une plastique, une esthétique? L’Abécédaire du corps dansant est un double travail de réflexion et de création sur le corps dansant élaboré à partir des 26 lettres de l’alphabet. À la fois réflexion théorique et performance dansée, l’Abécédaire du corps dansant s’attarde autant à théoriser le corps dansant et la pluralité de concepts qu’il sous-tend – corps technique, expressif, objet/œuvre d’art, technologie de soi (Foucault), habitus de corps (Bourdieu), somaesthétique (Shusterman), etc. – qu’à le chorégraphier et à le mettre en scène. Ici, le corps entre directement en résonance avec la réflexion théorique (et vice versa) dans un jeu de va-et-vient entre les mots et les gestes, le texte et les corps en action. Il s’agit avec la présence du texte et du corps en mouvement sur scène d’utiliser différents modes d’expression et de communication, une pluralité de savoirs (théoriques, intuitifs, créatifs, corporels) afin de réellement toucher la multiplicité caractéristique du corps dansant. Avec G-Gestes l’équipe de l’Abécédaire propose un parcours scénique du geste dansé; quotidien, ludique, poétique et performatif.

Andrée Martin
6 février 2009


When are we when we listen to music?

In a famous essay titled "Where are we when we listen to music?" German philosopher Peter Sloterdijk postulates that "No listener can believe to be at the margin of the audible." Listening, other than observing, he says, is a self-immersive act, a "suspension of distance". Is it also an abolition of time, of memory, of present and anticipation? If so: would it then be at all possible to speak of effects of presence - when the very act of listening results in a construction of timelessness, an eternal present? Is therefore all presence experienced in music only a side effect of a conscious decision, the "suspension of real time"? And: is such an approach to listening universal, or specific to certain cultural or stylistic forms of music - is "presence" a cultural template?

Sandeep Bhagwati
16 janvier 2009


Réel, virtuel et notion de présence dans le théâtre de Robert Lepage

Cette intervention portera sur les questions de réel et de virtuel ainsi que sur la notion de présence en prenant appui sur quelques exemples tirés du théâtre de Robert Lepage.

Chantal Hébert
10h-13h
12 décembre 2008


Ghost Buster

Les théâtres sont plus que jamais envahis d´installations scéniques faites de masques et de fantômes ressemblant aux mensonges de pales et tristes magiciens. La pratique de l´illusion et des effets spéciaux est effectivement à replacer dans les rangs de la pratique des fantasmagories et des exercices de disparition en tout genre : disparition de l´acteur, de la voix, du geste et finalement du réel.

À l´opposé de la morbidité de ce jeu de masques et de la puérilité des métaphores, avec la modestie des objets, les marionnettes, les automates et leurs mobiles, proposent à leur manière des métamorphoses. À un moment où l´interprète semble plus que jamais condamné à se démultiplier grâce à la technologie, il est curieux de constater combien la marionnette condense et continue de ramener de l´humain sur scène. Cet objet par essence technique, questionne à son tour par effet de miroir, la présence et le jeu de l´acteur, grâce notamment à un certain parallèle avec la robotique.

Zaven Paré
28 novembre 2008


L’évanescente présence de l’image holographique : parcours dans l’œuvre de Philippe Boissonnet

Sa recherche en création s’attarde depuis 20 ans à décliner les diverses manifestations de l’image intermédiaire, transitoire, insaisissable et du regard tout relatif que l’on devrait poser sur le monde. En d’autres mots, il met en scène ce qui échappe toujours à nos certitudes perceptuelles, ce qui amène le regardeur vers un décentrement du point de vue. C’est dans cette optique que la mise en scène sculpturale de la lumière au travers de l’image holographique, combinée à des dispositifs interactifs, est devenue son moyen expressif de prédilection.

Philippe Boissonnet
7 novembre 2008


Chairs lumineuses : l’écran médiateur de la présence

La notion de présence refait sans cesse surface lorsqu'on tente de mieux comprendre les relations qui unissent le théâtre et le cinéma. L'écran de cinéma, surface vierge criblée de rayons lumineux, déploie tout un dispositif pour brouiller les frontières entre la réalité du spectateur et celle de la fiction. Un survol de quelques textes (Bazin, Sontag) me permettra d'aborder quelques uns des codes esthétiques propres au cinéma et de montrer comment ils contribuent à la création d'effets de présence propres à la pratique cinématographique. Des extraits de diverses adaptations filmiques de pièces de Beckett viendront appuyer ma présentation.

Sylvain Duguay
17 octobre 2008


Théâtralité, intermédialité et présence

L’intermédialité est un concept jeune (moins de quinze ans) apparu dans le sillon des Nouveaux Médias. La révolution numérique a en effet radicalement transformé notre compréhension des phénomènes médiatiques, des rapports du média au social et à l’individu, du statut et de la dynamique des arts. À la fois produit et symptôme (Cisneros), véritable « métadiscipline » (Nystrom), l’intermédialité est née de la nécessaire redéfinition du média qu’imposaient les Nouveaux Médias et de l’incapacité des disciplines traditionnelles et de l’organisation des savoirs à rendre compte de phénomènes majeurs de la société contemporaine et, plus globalement, de celle du Long Siècle (1875 à aujourd’hui), marquée par l’avènement des médias électriques (au tournant du XXe siècle) puis des médias numériques (au tournant du XXIe siècle).

Le théâtre, considéré par l’intermédialité comme un média – plus précisément comme un faisceau de médias - est un objet d’étude d’une très grande richesse. « Sa » capacité historique d’absorption des nouveautés et des éléments exogènes – de contenus comme de matérialités – témoigne d’une remarquable singularité. Ce vampirisme, s’il assure le dynamisme de la pratique et son continuel renouvellement, n’est pas sans danger. Les défenseurs les plus « durs » du déterminisme technologique (Chandler) n’ont pas tort de penser que le théâtre en est à son ultime retranchement : la fin de la présence, l’avènement du théâtre post-humain. C’est sur cette question de la présence que se conclura cette présentation.

Jean-Marc Larrue
19 septembre 2008


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