Conférences 2009-2010

De la chair aux pixels : le corps remixé (Volet 3)

Malgré la prolifération des œuvres médiatiques dans les nouveaux réseaux de communication, et malgré le fait que les technologies numériques (image de synthèse, internet, gps, communication par satellite) ont infiltré les arts de la scène, le corps, charnel, physique, palpable demeure la trace incontestée de l’homme dans ces espaces où la déréalisation fait loi. Contrepoint d’une culture du virtuel que la surenchère des effets de présence et des effets de réel dynamise, le corps semble rester au cœur des dispositifs (scénique, interactif, immersif), tantôt foyer de perceptions (spectateurs), tantôt porteur de l’action (acteur, participants), tantôt objet d’expérimentation (corps virtuel, mécanisé, ou augmenté de prothèses électroniques), tantôt terrain d’exploration (sensorialité). Quel(s) corps ces œuvres où les pixels défient la matière convoquent-elles? Comment renouvellent-elles la dynamique entre performeurs, spectateurs et dispositifs? Quelle place le corps a-t-il encore dans la création de personnages virtuels? Cet atelier vise à étudier le(s) corps (autant ses extensions que ses avatars) dans les œuvres où l’utilisation des technologies émergentes permet la multiplication des effets de présence et des effets de réel. Seront notamment examinées des productions où les corps sont soit virtualisés selon diverses modalités ou techniques (projections, téléprésence, morphe, interpolation, incrustation, chroma key, etc.), soit soumis à différents effets (présence, réel).

Avec la participation de :
Jean Dubois (Université du Québec à Montréal)
Bertrand Gervais (Université du Québec à Montréal)
Gabriella Giannachi (Center for Intermedia / Exeter University)
Laurent Goldring (Artiste – France)
Nick Kaye (Exeter University)
Joanne Lalonde (Université du Québec à Montréal)
Bonnie Marranca (PAJ: A Journal of Performance and Art / The New School/Eugene Lang College for Liberal Arts)
Fabrizio Montecchi (Artiste – Italie)
Gilles Monteil (Ubisoft – Montréal)

Journées d’études
12 et 13 mai 2010


Design multimédia pour la scène dans Lipsynch, le projet Andersen et 1984 de Robert Lepage

La conférence présentera le processus de design et d’intégration des interventions multimédia dans trois mises en scène récentes de Robert Lepage. Il s’agit de trois projets très différents, d’abord un opéra, 1984, créé à Londres en 2005, puis une saga théâtrale conçue en création collective, Lipsynch, dont la production (work-in-progress) s’est étalée de 2006 à 2008, et dont la version finale de 9 heures fut créée en 2008 à Londres, et enfin un spectacle solo, Le Projet Andersen, mis en scène et joué par Lepage, créé à Québec en 2007. Dans chacun de ces trois exemples on définira le contexte spécifique à chaque production, le concept qui guidait la recherche et développement des contenus multimédia ainsi que le mode d’intégration de ces contenus sur scène.

Jacques Collin
16 avril 2010


Tête de méduse

I propose an experience which involves listening and looking, a small provocation to theatre goer: who’s there? The nouvelle Lenz, by Georg Büchner, makes the spinal cord for a collage that wonders about the notion of subject through modernity. The scenic situation intensifies this questioning by considering contemporary mediatisation in an aesthetic proposal that might be named of suspicion. Accordingly, the acting slides between movement and speech, image and sculpture, finding ways to sew the imaginary and the concrete. In the end, how much of our idea of self is imbricated with the idea of presence? (40 min).

A theoretical presentation about the possibility of building a theatre pedagogy based on the idea of presence will fallow the theatrical presentation after a short break. (30 min + discussion).

Alexandre Calado
2 avril 2010


Effets de présence dans les arts programmés

Art algorithmique, cinéma interactif, vie artificielle ou biotope interactif, communautés de robots, jeux vidéo, mondes 3D immersifs ou semi immersifs… À travers un large panorama d’œuvres numériques, je présenterai une typologie expérimentale qui tente de mettre à jour les effets de présence dans les arts programmés. Un corps, un geste, un mouvement, réels ou virtuels dénotent, grâce à leurs qualités anthropomorphiques, une présence qui nous semble évidente. Mais aussi, des entités plus abstraites ; un pixel mouvant, un algorithme en fonctionnement, un champ magnétique interactif peuvent cacher ou révéler d’autres types de présence. Si certains corps dégagent une présence perceptible à travers ses effets, à contrario certains effets de présence ne sont pas directement reliés à des corps. Nous verrons alors qu’à travers la simulation - cause et effet étant séparés - les types de présences et les types d’effets de présence entretiennent des relations subtiles voire complexes. Les catégories mise à jour par notre typologie rendent-elles comptent de ces diversités ? Pouvons-nous appliquer cette méthode de recherche et cette catégorisation aux autres disciplines artistiques ? Devons-nous adapter cette typologie afin de rendre compte des particularités des autres arts ? Telles seront les questions, auxquelles s’ajouteront les vôtres, que nous pourrons aborder ensemble lors de cet atelier théorique afin d’élargir ce « modèle typologique des effets de présence » vers les autres arts.

Thierry Guibert
22 au 26 février 2010


L’art de la réalité augmentée : une question de (non)destination

Depuis le début des années 1990, l’affirmation progressive de la réalité augmentée (RA) au détriment de la réalité virtuelle (RV) dans divers domaines — en médecine, dans le secteur militaire, dans celui des transports (applications GPS), de l’ingénierie, des communications, de l’éducation, du tourisme, de l’architecture, du design et de l’art, pour ne nommer que les domaines les plus évidents — montre à quel point le réel et le virtuel coexistent de plus en plus dans un rapport de continuum réalité-virtualité, sans véritable coupure entre les deux catégories. Ce continuum est le fondement même de la réalité augmentée en tant que système (j’adopte ici la définition de Ronald Azuma) qui ajoute des objets virtuels au monde réel. Ces objets ont ceci de particulier qu’ils sont perçus par l’utilisateur comme coexistant dans le même espace que le monde réel. La RA est un paradigme perceptuel.

L’ambivalence de la destination — l’ambivalence de l’interpellation de l’utilisateur — est un des traits fondamentaux de la réalité augmentée. Cette ambivalence est endémique aux environnements augmentés qui dépendent des technologies mobiles de détection, de repérage, de surveillance et de réseautage pour des fins d’interactivité et de combinaison d’espaces virtuels/réels. Dans le champ des arts médiatiques, les environnements localisent le spectateur mais sont également toujours en quête d’un spectateur, oscillant entre deux déclarations (affirmative et interrogative) adressés à l’utilisateur: « vous êtes ici » et « où êtes-vous? ». La participation du destinataire est à la fois une exigence et une incertitude, une sollicitation quelconque et une détermination, une anticipation et une anxiété, un principe de localisation et un questionnement de la capacité même de localiser. L’hypothèse principale de ma présentation est celle-ci : en tant que paradigme perceptuel, le potentiel d’innovation de la réalité augmentée se situe dans son habileté à générer des nouvelles façons de percevoir pour le spectateur, lesquelles sont structurellement enracinées dans l’ambivalence de la destination. En quoi consiste au juste cette ambivalence? Comment l’hybridité de l’espace virtuel/réel intervient-elle dans le déploiement de cette ambivalence? Par ailleurs, malgré le potentiel innovateur de la RA, en quoi le statut du destinataire et sa faculté de perception sont-ils parfois renouvelés, parfois affaiblis par la réalité augmentée? Ces questions sont au cœur de mon analyse de trois environnements créés par trois artistes (ou collectif d’artistes) qui ont marqué de façon significative le développement de l’art augmenté : Rafael Lozano-Hemmer, Mathieu Briand et Christa Sommerer & Laurent Mignonneau.

Christine Ross
28 janvier


Séance remplacée par la rencontre du séminaire : « le corps sonore »

Emanuele Quinz /
Enrico Pitozzi
15 janvier 2010


Cinéma d’animation, improvisation et présence du corps

L’explosion des nouvelles technologies de l’image au cours des années 90 a radicalement transformé et élargi les possibilités de présentation performative (c’est-à-dire «en direct») des images en mouvement. Il suffit de voir le chemin parcouru entre la vidéo scratch pratiquée par certains artistes vidéo des années 80 et le «VJ’ing» actuel, entre les lourdes installations vidéo analogiques (batteries de lecteur VHS et mixeurs vidéo en chaine) et les logiciels de plus en plus performant qui eux même ont eu le temps d’évoluer pour maintenant tenir dans un portable (par exemple de Imagine à Jitter en passant par NATO). Ma pratique de l’animation faite en performance est maintenant totalement intégrée à cet univers numérique mais elle a aussi la singularité de plonger ses racines bien avant que ces moyens techniques soient disponibles. Dès le milieu des années 70, j’ai été très préoccupé par les questions liées à l’improvisation et à la présence du corps dans le contexte de la technologie classique du cinéma d’animation. Je voyais alors la technique totalement atypique de gravure sur pellicule, à laquelle je m’adonnais, comme un terrain d’expérimentation du rapport corps/technologie. Cette démarche a mené à la présentation de performances de «gravure sur pellicule en direct» qui ont constituées le cœur de mon travail de 1985 à 2000, année où j’ai fait le saut technologique. Depuis 1985, tous mes films ont eu un lien direct avec la performance qui, maintenant, est le plus important de mon travail. Suis-je encore un cinéaste dans la lignée de Norman McLaren ? Non seulement mon travail a basculé mais les notions mêmes de cinéma et de cinéma d’animation ont également basculées. Pour moi, à travers ces bouleversements, il y a, au niveau de mon travail, une continuité de pratique et de pensée. C’est ce que je vais tenter de présenter au groupe de recherche en brossant un tableau de cette évolution, avec quelques exemples à l’appuie. Je commenterai également les développements les plus récents de mon travail, particulièrement la présentation à la Cinémathèque québécoise d’une installation vidéo (Seule la main… du 3 au 20 décembre) issue d’une série de performances et la présentation, le 4 décembre à la Cinémathèque également, d’une performance conjointe avec le cinéaste expérimental Karl Lemieux qui travaille essentiellement avec de la pellicule et des projecteurs. Il y aura donc une sorte de court-circuit historique et technologique (une «image dialectique» !!?) dans cette rencontre entre mon travail numérique en direct, la manipulation destructive de pellicule 16mm et un certain retour à la gravure sur pellicule en direct.

Pierre Hébert
11 décembre 2009


Réflexions partagées sur mon travail d'artiste de la sculpture à la danse : le medium sonore numérique tendu entre présence et représentation

Lorella Abenavoli présentera son travail d’artiste et l’orientera au regard des questions de présence et de représentation. Sculpteure de formation son medium s’est métamorphosé au fur et à mesure des années, allant de la pierre au son. La notion de présence inhérente à la sculpture avec laquelle nous partageons le même espace physique engage avec la notion de représentation une tension dialectique qui est au cœur de sa pratique.

Lorella Abenavoli

Oeuvres participatives et interactives :
comment franchir les limites de la représentation?

L’un des objectifs de ma recherche-création, dont l’objet est la danse in situ, est de comprendre les limites de la représentation en observant les cadres et les codes qui régissent la mise en scène contemporaine, et ce afin d’envisager une manière pertinente de les franchir et de les moduler permettant ainsi la création d’un espace ouvert dans lequel le public puisse être sollicité par les interprètes, déambuler, circuler dans l’œuvre et se fabriquer son propre parcours. Cette présentation me permet d’interroger les notions d’environnement, d’immersion, d’interaction et de participation liées à la problématique d’une autre forme de représentation où le spectateur ne serait plus assis face à l’œuvre mais désormais dans l’œuvre. Or, je me demande dans quelle mesure l’artiste parvient-il à se dégager, lui et le public, des règles de la représentation dite traditionnelle? En partant des difficultés que j’ai pu rencontrer lorsqu’il s’agissait de faire participer le public, in situ, se fera un lien avec, au sens large, l’art numérique où se côtoient installations et dispositifs interactifs. Ces formes d’arts se réapproprient théâtres, musées et galeries et évoluent précisément, me semble t-il, autour de la relation œuvre, artiste et le public.

Léna Massiani

20 novembre 2009


Colloque : personnages virtuels et effets de présence

6 et 7 novembre 2009


Effets de l'image interactive sur le spectateur

Je questionne ce que l'interactivité ajoute à la plasticité et à l'iconicité dans notre rapport à l'image dans un contexte en pleine effervescence. En couplant la vision à l'action, l'interactivité modifie, complexifie et dynamise le rapport que nous entretenons avec l'image, son médium et son média. Cette interactivité peut s'établir entre le performeur et l'ouvre ou entre l'ouvre et le spectateur. Elle s'inscrit dans une relation triangulaire corps-image-interactivité où le corps occupe des rôles diversifiés. L'interactivité, manifeste ou voilée (Weissberg, 2006, 1999), directe ou indirecte (Couchot, 2007, 2004, 2003), ajoute des couches à la plasticité et à l'iconicité des images pour construire un objet transitionnel (Winnicott, 1975) transformé. Mon corpus comprend des images interactives issues d'Internet (Nicolas Clauss, Frédéric Durieu, etc.), de DVD (Luc Courchesne, Couchot, Jean-Louis Boissier, etc.), de performances (Pierre Hébert, Isabelle Choinière, Lemieux-Pilon, Zaven Paré, etc.) et d'installations interactives (David Rokeby, Thierry Guibert, etc.). Lors de cette communication, nous visiterons le living cinema de Pierre Hébert, notamment Between Science and Garbage, une performance d'animation ou de peinture sonore en mouvement assistée par ordinateur, qui produit un effet méditatif 'télé-guidé » chez le spectateur, ainsi que l'installation vidéo interactive Taken de David Rokeby, présenté dans le cadre du Mois de la photo 2009 à Montréal, qui questionne la présence et l'effet de présence chez le spectateur.

Louise Boisclair

Dissectio : images du corps

Il sera notamment question d'analyser la dimension physiologique de l'action, c'est-à-dire l'organisation corporelle qui permet à l'acteur-performeur de composer l'action. On parlera alors d'une physiologie de l'action ». En nous appuyant sur quelques exemples vidéo, nous considèrerons également diverses manifestations esthétiques du corps en scène : corps-figure (présence du corps-vidéo) ; corps-diagramme (traces numériques du mouvement, motion capture) et corps-sonore (relation triadique corps-espace-son). Au fil de cette réflexion, nous porterons une attention particulière aux stratégies selon lesquelles la scène organise l'attention et la perception du spectateur autour d'une série de tensions entre la présence physique et la présence médiatisée de l'acteur/performeur chez Edward Lock (Infant Destroy), Merce Cunnigham (Biped), Wooster Group (Hamlet), Motus (Twin Rooms), Fura del Baus (Godunov) entre autres?

Enrico Pitozzi

23 octobre 2009


The man who wasn’t there : presence effects of the humanly acting machine

La notion de présence refait sans cesse surface lorsqu'on tente de mieux comprendre les relations qui unissent le théâtre et le cinéma. L'écran de cinéma, surface vierge criblée de rayons lumineux, déploie tout un dispositif pour brouiller les frontières entre la réalité du spectateur et celle de la fiction. Un survol de quelques textes (Bazin, Sontag) me permettra d'aborder quelques uns des codes esthétiques propres au cinéma et de montrer comment ils contribuent à la création d'effets de présence propres à la pratique cinématographique. Des extraits de diverses adaptations filmiques de pièces de Beckett viendront appuyer ma présentation.

Ragnhild Tronstad
15 octobre 2009


Parcours dans l'oeuvre de Pierre Rigal

Athlète, spécialiste de 400 m et de 400 m haies, Pierre Rigal a poursuivi des études d’économie mathématique et est diplômé d’un DEA de cinéma de l’École supérieure d’audiovisuel à Toulouse. Pendant sa formation, il croise le chemin de chorégraphes tels que Heddy Maalem, Bernardo Montet, Wim Vandekeybus et de metteurs en scène tels que Mladen Materic. En 2002, il intègre la compagnie de Gilles Jobin pour la création de Under Construction et la reprise de The Mœbius Strip (2003) Parallèlement, il travaille en tant que réalisateur de vidéo-clips et de documentaires, comme Balade à Hué pour France 3 et installe des dispositifs vidéo pour la compagnie 111. En novembre 2003, Pierre Rigal fonde la compagnie dernière minute, conçoit et interprète sa première pièce, le solo Érection, co-mise en scène par Aurélien Bory. En juin 2005, il est interprète du chorégraphe Ariry Andriamoratsiresy pour Dans la peaud’un autre dans le cadre du vif du sujet, production SACD / Montpellier Danse. En octobre 2006, il crée, en collaboration avec Aurélien Bory, Arrêts de jeu au Théâtre national de Toulouse. En mai 2007, dans le cadre de la manifestation « Comme un été », Pierre Rigal présente au Théâtre national de Toulouse, La mort est vivante, une installation photographique. Récemment, il a été le collaborateur artistique d’Aurélien Bory pour sa nouvelle création Les sept planches de la ruse. En février 2008, il créé Press avec le soutien de Gate theatre London, un nouveau solo qu’il interprète.

Source : www.pierrerigal.net.

Pierre Rigal
15 septembre 2009


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