Unmakeablelove (ReACTOR)

Artistes

Sarah Kenderdine, collaboration avec Jeffrey Shaw

Année

2008

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Résumé

UNMAKEABLELOVE a lieu dans un monde de contrainte et de privation qui fait écho au Purgatoire de Dante. Inspiré du travail de Samuel Beckett, UNMAKEABLELOVE rend tangible un état de confrontation et d'interactivité entre les individus et une société où règne une forte entropie physique et psychologique.

Nous pouvons imaginer que le lieu où vivent ces individus pourrait être une prison, un asile, un centre de détention, une émission de télé-réalité extrême ou un exercice d'ingénierie totalitaire. Et il est possible de supposer que ces personnes aient été enfermées depuis plusieurs générations puisqu'elles sont résignées et habituées à leur enfermement. Elles sont devenues insensibles à tout ce qui est extérieur aux murs qui les entourent. Mais en tant qu'observateurs de cette installation, nous, les visiteurs, avec nos lampe torches et nos esprits inquisiteurs, sommes leur monde extérieur, et sommes forcés de vivre les anomalies d'un déséquilibre de la perception qui nous implique directement dans leur aliénation et leur claustrophobie.

L'infrastructure technologique spécifique à cette installation est ReACTOR, une construction hexagonale de cinq mètres de diamètre avec six écrans de rétroprojection, pour une vision stéréoscopique. De plus, une lampe torche est installée devant chaque écran, permettant au visiteur de scruter le monde virtuel. Les faisceaux virtuels de lumière de ces lampes croisent et éclairent les créatures générées par ordinateur, qui occupent l'espace virtuel à l'intérieur de la structure. Les comportements obsessifs des individus ont été enregistrés, réinterprétés par ordinateur puis animés en temps réel grâce à des techniques de jeux vidéo et des algorithmes comportementaux. Ainsi, UNMAKEABLELOVE donne l'impression que les personnes qui l'habitent sont des individus capables d'initiatives, tout en étant un groupe abject de vestiges humains languissants, dont la culture semble s'organiser selon une logique insaisissable, une intelligence artificielle désincarnée, voire une harmonie artificielle dont les principes restent à découvrir1.

Les habitants de UNMAKEABLELOVE vivent dans un espace hexagonal autour duquel les visiteurs déambulent, chaque écran étant une fenêtre par laquelle ils peuvent observer l'intérieur de la structure. Quand le faisceau d'une lampe torche passe à travers la structure, il peut éclairer d'autres visiteurs de l'autre côté de l'installation. Cette réalité augmentée est possible grâce à des capteurs infrarouge placés sur chaque écran et dirigés vers la lampe torche qui lui correspond. Les images vidéo sont retransmises en temps réel sur l'écran, créant l'illusion d'éclairer la personne qui se trouve juste en face. L'ambigüité dont on fait l'expérience avec ces deux réalités (retransmise et palpable) renforce la tension psychologique entre soi et l'autre. Ainsi, la confrontation dramatique et kinesthésique entre le réel et le virtuel généré par les stratégies de simulation interactive de UNMAKEABLELOVE engage la complicité du spectateu. (source: site web epidemic)

Analyse

Le sujet du purgatoire présenté comme un espace parmi les vivants, comme un monde parallèle, touche précisément les effets de présence. Des corps nus sont enfermés dans la boîte de la projection Reactor (image 1). Les angles de vue présentés sur les écrans donnent de la crédibilité à la représentation. Les corps semblent avoir une matérialité. La manette de contrôle (image 2) ajoute de la force au dispositif. L'interaction est en temps réel. Notre action sur la scène 3D déplace un faisceau d'éclairage aligné comme le prolongement de notre main et de notre curiosité. Ce prolongement amuse et alimente le récit. Mais le visiteur n'est pas seul. Jusqu'à six visiteurs peuvent interagir. Leurs images sont intégrées dans le dispositif par des caméras au-dessus des écrans (image 3). Ainsi, quand une lampe torche éclaire l'écran lui faisant face, le visiteur est vu à la limite de l'écran, comme un fantôme. Est-il lui aussi au purgatoire? La relative transparence de l'écran ajoute un effet de confusion en amoindrissant l'impact de sa présence matérielle. Ainsi, l'illusion est plus crédible, la projection gagne en profondeur 3D et occupe l'espace.

Ce même dispositif a été utilisé par Robert Lepage dans son projet Fragmentation, présentée au musée des Beauxarts de Montréal. Le langage théâtral de Lepage n'est pas adapté, selon moi, à l'installation. Le temps (durée) du récit théâtral ne fonctionne pas avec ce qui est attendu d'une installation au temps réel, court, interactif et interactif. Peut-être avec la prétention d'apporter du contenu à un mode d'expression qui en manquerait. L'installation de Lepage propose différentes vues de la même scène, ce qui soulève peu d'intérêt. Le dispositif donne plusieurs points de vue frontaux et sa matérialité est trop forte relativement à l'image contenue par la vidéo. On ne voit que le dispositif et le décalage dans le champ visuel, entre deux écrans, tue l'effet.

Références

http://www.epidemic.net/fr/art/kenderdine-shaw/proj.html/reactor/index.html
http://youtu.be/NUGSuh68eM0
http://youtu.be/EbjWo6k37Bc