Chroma

Artiste

Shiro Takatani, Dumptype

Année

2012

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Résumé

Le titre CHROMA suggère évidemment la couleur, mais également les effets de la combinaison audiovisuelle. Le visuel (la lumière) et le son renvoient tous deux à la notion d'ondes. Aussi les phénomènes de "réflexion / refraction" observés dans la propagation des ondes sont en quelque sorte les mots clés de cette oeuvre. Pour la musique, Shiro Takatani a fait appel au musicien compositeur Simon Fisher Turner, connu notamment pour ses bandes originales des films de Derek Jarman.

Propos de l'auteur: L’être humain peut seulement avoir conscience du présent dans la dimension du temps, et a une perception limitée de l’espace.* Au fur et à mesure que l'on évolue, on se rend compte de la petitesse de son existence, et on réalise que l'on se trouve tout seul dans un espace blanc, tel un point dans un espace infini.On tente de localiser où on est, mais dans le temps, comme dans un labyrinthe de lignes droites, on peut seulement localiser sa position relative, par rapport aux relations existantes entre les différents événements.

Comment peut-on apprécier « l’image » et « le son » maintenant ? Il ne s'agit pas là d'un art media basé sur le contenu, mais d'une expérimentation visant à redécouvrir l’art en tant que pure expérience, en tant que choc au moment d’un regard.

Analyse

La volonté de l'auteur semble porter sur le « maintenant ». Il cherche a provoquer un choc esthétique vécu par le spectateur comme une prise de conscience.

*La réflexion sur la perception humaine du temps et de l'espace semble personnelle à l'auteur (pas remise en cause) et lui servir de base de création. L'espace serait une construction intellectuelle. Cette difficulté de perception de l'espace est illustrée dans l'image scénique (image 00) qui est marquée par l'absence de la scène. C'est comme s'il n'y avait pas d'espace. Seule l'image vidéo. Le flux. L'espace se matérialise par la présence des performeurs et à l'angle droit entre l'horizon et la verticalité. Cet angle trace un « lointain » (image 02) parfois en continuité et parfois en rupture (image 01). La vidéo est un aplat noir et bleu clair, énorme, qui fait paraître le performeur comme minuscule. La lumière projetée sur le plancher trace des lignes, des zones qui divisent l'espace scénique, élèvent des murs invisibles. La référence à un plan d'architecture (image 04) semble indéniable, un autre renvoi à une intellectualisation de l'espace. Dans cette scène, le performeur joue par dessus un tracé géométrique qui se déplace et l'entraine avec lui. Du point de vue du spectateur ou de la caméra, l’image-plan est entièrement visible. À l'opposé, le performeur ne peut voir du sol la projection dans son entier.

L'image 01 ajoute un argument supplémentaire à l'interprétation de l'espace comme un construit intellectuel, le sol est littéralement formé de langage, de mots écrits à la main. Dans cette scène, le performeur est debout sur l'écriture qui l'éclaire, le supporte et forme le sol sous ses pieds.

L'image 03 présente une autre scène où les personnages sont placés dans une tache de lumière. Les taches parsèment le sol. Cette discontinuité spatiale donne l'impression qu'il n'appartient ni au même lieu, ni au même instant. Leurs regards se dirigent vers la table où est assise une femme qui écrit. La direction des regards relie les performeurs à l'action d'écrire. Sont-ils les images mentales de l'écrivaine? Le vidéo sur viemo montre que la fragmentation de la scène en tache de lumière est provoquée par un déplacement des équipements techniques, le pont d'éclairage descend proche du sol. La performeuse en rouge emballe les objets, comme dans un déménagement. Elle paraît vouloir quitter les lieux. Est-ce une marque d'abandon du « contenu »? Laisser l'espace vide?

Pour le rapport son-image, il ne semble pas y avoir de lien analogique directe, bien que tous deux soient inspirés de l'immensité étendue.

Nous sommes dans une double absence. L'espace scénique est noir. Un trou. Ainsi, l'espace est imperceptible par trop d'immensité. Il dépasse nos sens. L'effet de sa présence se perçoit par l'éclairage et comme condition irrévocable de l'action.

Les performeurs sont minuscules, parfois justes une silhouette noire. L'action provient du quotidien : lire un livre, passer l'aspirateur. Le geste est prolongé dans l'art, comme tiré vers un ailleurs. Peut-être instruite par une relation impossible à l'intouchable espace?

Références

http://shiro.dumbtype.com/news
http://www.epidemic.net/fr/videos/takatani/index.html
http://vimeo.com/35453725#