Les états du performatif scénique ou la performativité réversible

Michèle Febvre

* : La performativité, comme la liberté, semble avoir de multiples manières de s’exercer, d’apparaître et d’être reconnue! Elle se présente sous différents états – degrés ? – qui alimentent nos échanges sans fin à son sujet tout en excitant l’homo ludens qui pense.

Dans une œuvre, la performativité ne semble jamais repérable une fois pour toute et pour tous; elle laisse toujours une impression d’instabilité (c’est, ce n’est pas), de précarité, d’indécidable, de jeu, et c’est là peut-être sa fonction majeure : d’être en jeu, dans tous les sens du terme. Elle est souvent partie prenante de la théâtralité et, plus globalement, de la production signifiante. Plus que la théâtralité – ou la narration, ou la figuration, bref, tout ce qui serait de l’ordre du représenté – qui balise fortement la réception et le processus de signifiance, la présence du performatif entraîne soit une perte de sens au profit souvent de l’expérience syncrétique, de l’affectif, du « ressenti » plus ou moins flou, soit une ouverture quasi infinie de la signifiance, soit un va-et-vient entre sens et sensation. La performativité est réversible ! Elle a même un pouvoir caméléon selon qui la reçoit, du quidam moyen ou de l’érudit.